Mathilde CAILLET "Préhiver" BoD Éditions. Catégorie L'Écho des mots.
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Un recueil pas comme les autres !
Et voilà, je referme “Préhiver” pour la deuxième fois.
Car oui, il m'aura fallu deux lectures de ce petit recueil de textes pour en comprendre et apprécier toute l'essence. Je vous livre ici mon ressenti.
La couverture est à la fois très belle et trompeuse sans l'être. Les feuilles d'automne dans un petit bocal en verre posé près d'une fenêtre, inspirent un sentiment de quiétude et de sérénité, promesse d'une lecture cocooning au coin de la cheminée à l'aube des premiers frimas.
Et puis, en y regardant de plus près, j'ai remarqué l'eau au pied du bocal. Je me suis alors demandé s'il était à l'intérieur ou à l'extérieur de la fenêtre (?). Les volutes de fumée vaporeuses ont rajouté à mon trouble et je me suis dit que ce recueil, ne serait peut-être pas celui que j'imaginais. La lecture de la 4ème de couverture, du petit communiqué de presse glissé dans l'ouvrage, ainsi que de l'avant-propos m'a confirmé qu'il ne faut pas se fier aux apparences.
Novice dans la lecture de ce genre littéraire, j'avoue avoir été très déstabilisée par la quasi absence de ponctuation dans la plupart des textes. La puriste que je suis, revenant souvent en arrière en quête de débuts et fins de phrases ou d'idées, me demandant à qui attribuer telle ou telle pensée (?).
Chose qui a beaucoup pollué et perturbé ma lecture ! Je me suis alors documentée sur la “poésie slam” et j'ai compris que cet art est avant tout oratoire et destiné à être plus déclamé que lu.
J'ai donc repris ma lecture, lisant les textes à voix haute, en m'attachant plus au fond qu'à la forme.
Et bien m'en a pris ! J'ai découvert de véritables pépites ! Déjà, l'ouvrage débute par une citation de Pierre Rabhi, dont le livre “Vers la sobriété heureuse”, m'avait profondément marquée. Et là je me suis dit, hum ça commence bien !
Le premier texte, “L'éveil de Paul-Émile”, donne d'entrée, le ton du recueil et encore une fois, résonne en moi à titre personnel (mon père ayant été cuisinier pour une mission scientifique de Paul-Émile Victor aux îles Kerguelen). J'adore ces petites coïncidences...Dans ce texte, l'auteure dénonce la nécessité ressentie par certain(e)s d'évoluer entre déculturation et acculturation, pour simplement vivre sans être stigmatisé. Où quand un prénom fait toute la différence... Quelques touches d'humour et clins d'œil à certaines réparties politiciennes devenues cultes, m'ont fait sourire et viennent alléger le poids de cette triste réalité dépeinte par Mathilde Callet.
“ Il avait traversé des rues 😉
Des boulevards et des avenues
Tournait en rond sur le carrefour giratoire
Au passage était cloué lors d'entretiens discriminatoires…”
Et puis, les textes se suivent : le deuil, la misère, le handicap, la vieillesse…se tenant par la main dans une farandole profondément humaine.
“Préhiver” est un mélange de satire sociale aux accents de pamphlet (“Deux hommes pleurent leur mort”) et de douce poésie comme dans le texte éponyme “Préhiver”.
Mon texte préféré est “Jeune Ruisselet”. L'auteure y dresse un fidèle portrait de toutes les formes de préjugés, a priori, délits de faciès et jugements, dont l'homme peut se montrer capable et coupable.
Très sensible à la cause animale, le texte “Moi…Le délaissé” m'a aussi beaucoup émue.
“Préhiver”, c'est le constat d'une humanité de plus en plus nombriliste, narcissique, en quête perpétuelle de reconnaissance, à l'ère des réseaux sociaux, où le nombre de like ou de vues déterminent une existence.
Mais “Préhiver” c'est aussi de très jolis mots (“Des odeurs plein la tête”, “Un temps élastique”), une mise en garde et un appel au réveil d'une conscience collective (“Cultivez votre jardin”), indispensable à la survie de l'humanité.
Peut-être ce bocal de la couverture est-il en fin de compte à l'intérieur (?) Côté cœur, baignant dans l'eau des pleurs de nos vicissitudes. Les volutes de fumée symbolisant l'heureuse impermanence des choses, chère au bouddhisme. Nous rappelant que rien n'est figé et que tout peut changer si l'on s'en donne les moyens.
Je conseille vivement la lecture de ce petit recueil à qui souhaite se reconnecter à la vraie vie et aux valeurs fondamentales de l'existence. Mille mercis à Mathilde Callet pour ces piqûres de rappel, tantôt douces ou véhémentes, qui m'ont donné l'envie d'aller respirer “Le parfum embaumant des tournesols fleuris” 😉.
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